Il y a cinq ans, l’horreur sur Paris

Il y a cinq ans, notre pays vivait un des épisodes les plus dramatiques de son histoire contemporaine.
Sur les terrasses, au stade de France, au Bataclan, une vague d’attaques terroristes submergeait Paris et causait la mort de 130 personnes, faisant des centaines de blessés.
Cinq ans plus tard, l’étrange impression qu’il s’agit d’un perpétuel recommencement hante l’esprit des français.
Il faut dire que cette commémoration intervient dans un contexte particulier où la France s’est retrouvée touchée à trois reprises en quelques jours, avec l’attaque au hachoir à proximité des anciens locaux de Charlie Hebdo, l’assassinat de Samuel Paty, puis l’attentat de Nice.
Le 13 novembre 2015, les terroristes avaient orchestré une tuerie de masse, ciblant avant tout les loisirs.
En novembre 2020, ce sont les symboles de la République qui sont visés : la liberté d’expression, l’Education Nationale, un lieu de culte et à travers de lui la laïcité.
C’est cette tentative de déstabilisation de notre République qu’il nous faut combattre.

L’initiative « aux Armes citoyens » doit être combattue

Cette initiative qui s’appuie pour justifier sa pseudo légitimité sur l’idée que l’Etat ne serait plus en mesure d’assurer la sécurité de nos concitoyens, d’assurer sa fonction régalienne, doit être combattue.
Qu’une discussion s’engage sur les moyens de la Police nationale, sur le développement des articulations avec les polices municipales, face au nouvel aspect polymorphe du terrorisme qui rend la sécurisation plus complexe, oui !
Mais que l’armement des personnes physiques privées soit présenté comme la solution, non !
Je m’étonne de voir que certains responsables politique ont adhéré à ce groupe. Même si c’est juste pour se tenir informé, nous ne sommes pas dans le monde des bisounours. Chacun doit avoir conscience que toute adhésion au groupe est revendiquée et utilisée comme caution.
J’ai 128 abonnés à mon compte FB qui en compte 4975 qui ont adhéré à ce groupe. Pourtant la plupart d’entre eux ne sont pas très éloignés des valeurs que je défends dans le débat politique. Cela représente à peine plus de 3%.J’en suis plutôt fier.
Mais j’entends et je lis ceux qui, parmi eux, disent qu’il faut se poser des questions si ce groupe existe. Mais présenter cette question ainsi, c’est déjà l’antichambre de sa justification.
Comprendre que la cohésion nationale est menacée oui mais y répondre par la facilité, la démagogie, le populisme, certainement pas.
Voulons nous encore nous américaniser davantage ? Après avoir importé cet ultralibéralisme qui nous cause bien des maux, va t’on construire pour demain une société à l’américaine avec plusieurs armes à feu par famille. C’est ça la solution sous-jacente ?
Je m’y opposerais toujours résolument.

Une rentrée scolaire avec Jean Jaurès

Voici la lettre de Jaurès qui sera lue ce matin dans toutes les écoles de France en hommage à Samuel Paty et en soutien à tous nos enseignants.
Lettre aux instituteurs et aux institutrices (1888)
Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire: son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères: l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur: la fierté unie à la tendresse.
Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort. Eh quoi! Tout cela à des enfants! — Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage. […] Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine! […] Je dis donc aux maîtres, pour me résumer: lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.»