Réponse à David Nakache

Bonjour David, le 28 février tu m’as interpellé en me posant 5 questions. Je n’ai pas jugé utile d’y répondre car le moment politique ne se prêtait pas à un échange dont je connaissais par avance l’issue puisque ces questions étaient toutes à charge et avaient pour objectif de démontrer que je n’étais pas vraiment de gauche.

Les élections étant passées, je ne pensais pas à avoir à y revenir mais ta réaction, ces derniers jours, montrant qu’il n’y a de ta part aucun apaisement à attendre, je le fais.

Concernant mon appel à voter pour Emmanuel Macron, je n’ai jamais appelé à faire perdre les candidats de gauche. Ils n’ont pas eu besoin de moi pour perdre tout seuls. A partir du moment où il n’y a pas eu possibilité d’une candidature unique Hamon-Mélenchon, ils se sont trouvés dans une situation similaire à celle que nous venons de vivre à Nice. Le jour où j’ai appelé à voter Emmanuel Macron, le 13 mars 2017, il était acquis que Benoit Hamon, qui venait de chuter à 12% et Jean Luc Mélenchon, qui le devançait d’à peine 2%, n’étaient à ce moment là, plus en situation d’être au second tour de la « présidentielle ». C’est la raison pour laquelle, l’appel à voter pour Emmanuel macron m’est apparu comme la seule solution permettant d’éviter un duel entre François Fillon et Marine Le Pen, entre l’extrême droite et un candidat susceptible d’être condamné par la justice. Je suis profondément républicain, je crois en les valeurs de la république , j’ai toujours voté, lorsque c’était nécessaire, contre l’extrême droite, mais là, Fillon, c’était au dessus de mes forces.
Tu me demandes si je regrette cet appel et ce vote? Ce n’est pas là que se situent mes regrets. Mes regrets, c’est la politique qu’il mène et que je combat comme beaucoup d’autres électeurs de gauche et socialistes qui ont été floués, trompés par un discours en total décalage avec les actes de son gouvernement. Tu sais très bien que j’ai été l’un des premiers responsables politiques, bien avant le Covid19, à avoir témoigné mon soutien aux soignants et à dénoncer la crise de l’hôpital. Et j’ai participé à plusieurs défilés de protestation contre la réforme des retraites.
C’est pour cela que je vis particulièrement mal le fait de t’entendre répéter avec belle constance que je soutiens la politique d’Emmanuel Macron. L’espoir d’une politique juste socialement, d’inspiration social-démocrate, n’aura pas dépassé le seuil d’un été. Je me situe dans l’opposition même s’il peut m’arriver de temps à autre, d’accorder un satisfecit sur un point particulier. Cela s’appelle l’honnêteté intellectuelle, une discipline que je m’applique le plus souvent possible.

Oui, j’ai soutenu François Hollande pendant son quinquennat. Et j’espère qu’un jour la manière dont cet homme a exercé son mandat sera réhabilitée. Il mérite mieux que le sort qui lui a été réservé par un électorat de gauche totalement déstabilisé par des attaques venues de son propre camp, celles des frondeurs. Un jour tu as décidé, disais tu, de démissionner du Parti Socialiste pour  » rester socialiste ». Moi j’ai choisi de rester au Parti Socialiste.
Loyauté ne signifie pas pour autant aveuglément. Je sais que François Hollande a commis un certain nombre d’erreurs notamment sur la déchéance de nationalité, une fausse bonne idée censée rassembler la France mais qui en fait, ne divisa que la gauche. Je suis de ceux qui ont vécu douloureusement le départ de Christiane Taubira du gouvernement.
C’est cette déchéance de nationalité qui a fait que je n’ai pas soutenu au premier tour de la primaire socialiste, Manuel Valls. Ne fais pas semblant de l’ignorer. Pour ma part, j’étais dans le département du 06, le représentant du candidat Vincent Peillon qui me semblait, dans le contexte politique du moment, avoir un profil plus rassembleur que Manuel Valls, devenu trop clivant. Par contre, au second tour, je n’ai pas voté Benoit Hamon parce que c’était le leader de « frondeurs », J’ai pour ma part une certaine conception de la loyauté en politique.

Je n’ai pas voté pour une rue Jacques Médecin, j’ai voté pour délibération globale qui comprenait, entre autre, la rue Jacques Médecin. Autant sur les deux premiers points je me suis senti personnellement interpellé, autant là, il s’agit d’une décision du groupe « un autre Avenir pour Nice », prise dans des conditions particulières. En effet, pendant des années, nous avons travaillé pour faire admettre au maire de Nice qu’il fallait honorer la mémoire de Pierre Joselet et Max Cavaglione qui ont marqué l’histoire de la gauche niçoise. Même si tu devais être au collège à cette époque, tu connais parfaitement leur rôle, ils sont à l’origine directe de la chute de Jacques Médecin. ce sont eux qui ont mis fin à cette dynastie. La délibération initiale ne mentionnait pas la rue Jacques Médecin. C’est en séance que le maire a amendé la délibération pendant le débat. Il était extrêmement difficile d’aller contre une délibération qui nous donnait enfin satisfaction par rapport à notre demande initiale. Nous avons pensé que l’essentiel n’était pas Médecin mais que l’on rende hommage à ceux qui nous en avaient débarrassé après un long et courageux combat politique. Nous avons tourné la page et ta tentative de récupération en laissant entendre qu’il y aurait à gauche des élus qui cautionneraient le racisme et l’apartheid est juste dégueulasse.

Nous nous sommes abstenus sur la délibération concernant le travail le dimanche à Nice parce que, précisément, cette délibération ne concerne pas toute la ville de Nice mais certains quartiers du centre ville, délimité par la Zone Touristique Internationale (ZTI).

Enfin, concernant Cap 3000, il faut être très précis. Nous n’avons jamais voté une délibération nous invitant à nous prononcer pour ou contre « le doublement » de Cap 3000. Par contre, ce que je tiens à dire c’est que nous avons voté contre le projet de Polygone Riviera et contre le projet de centre commercial Nice One. Nous avons également combattu l’idée de rajouter une grande surface au Grand Arenas à coté du futur grand palais des Expositions (s’il voit le jour).
Pour en revenir à Cap 3000, il ne s’agit pas d’un doublement mais d’une extension rénovation portant sa superficie de 85 000m2 à 135000m2. C’est le groupe Altarea Cogedim qui a porté cette opération pour un investissement de 425 millions d’euros.
La délibération sur laquelle nous nous sommes abstenus concernait une demande de participation financière à la métropole pour le financement du recalibrage des accès routiers. le budget des travaux s’élevait à 17,4 millions d’euros dont les trois quarts ont été financé par Altarea Cogedim. La participation de la métropole s’élevait à 4,3 millions d’euros et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes abstenus sur ce dossier , somme toute, financièrement marginal. Je répète, le principe de l’extension n’a jamais été soumis au vote des élus.

J’ai pu ainsi voir à quel point tu accordais de l’intérêt à nos actions, nos votes, nos communiqués.

Je me permet de te signaler un certain nombre de dossiers qui ont échappé à ta vigilance à moins que tu ne souffres d’amnésie partielle.
-l’action que nous avons mené aux côtés de la LDH concernant l’application Reporty qui portait atteinte aux libertés individuelles. Cela ne t’a pas gèné me semble t’il d’être un des partenaires de ce collectif.
-la prise de position et l’action très claire menée en lien avec la CNIL pour faire stopper la reconnaissance faciale au lycée des Eucalyptus.
-le sauvetage de la villa Paradiso dont nous avons obtenu la protection au titre de l’inscription aux monuments historiques, permettant à ce bâtiment remarquable d’échapper à une vente sur « Le Bon Coin »
-l’extension du périmètre d’indemnisation des commerçants touchés par les travaux d ela ligne 2 du tram, au delà du Boulevard Gambetta, vers la rue de France, afin de défendre le petit commerce de proximité, tellement nécessaire au maintien de l’animation et du lien social.
-la création d’un fonds d’aide aux associations pour leurs dépenses de sécurité. C’est ce fonds à l’origine duquel nous sommes qui a permis à des dizaines d’associations d’être sauvées et de pouvoir continuer à organiser des manifestations de proximité si importantes pour la vitalité de notre démocratie et pour la solidarité et la culture. Nous avons notamment par ce fonds permis au Parti Communiste de sauver la fête du Château. C’est cette manifestation qui est le plus soutenue financièrement.
-la réouverture des fontaines, dossier sur lequel tu n’as pas été gêné semble t’il de battre l’estrade à mes côtés.
-la gratuité du carnaval pour les personnes handicapées, un geste de solidarité qu’il fallait faire me semble t’il
-la bataille pour l’hébergement des personnes SDF où nous avons fini par obtenir l’ouverture d’un foyer supplémentaire à la rue El Nouzah pour éviter durant les mois d’hiver les nuits trop froides en extérieur. nous avons aussi obtenu l’assouplissement des horaires d’ouverture et d’accueil qui étaient beaucoup trop rigides.
-le passage en régie municipale de l’eau, un combat débuté sous Max Cavaglione, et poursuivi par Paul Cuturello depuis 2001 et dont avons vu le terme.
-la bataille que nous avons mené contre le déménagement du stade du Ray à Saint Isidore. Ce n’est pas que l’Allianz Riviera ne soit pas un beau stade, mais nous affichions d’autres priorités politiques, notamment le logement social.
-la tarification sociale des cantines scolaires à 80 cts d’euros le repas pour les maternelles et à 1 euro pour les primaires pour venir en aide aux familles les plus en difficultés, les plus fragiles. Situation qui s’est révélée au grand jour pendant la pandémie de Covid19 où j’ai demandé au maire et obtenu la création d’une aide de 100 euros par mois pour les familles qui n’avaient pas les moyens de nourrir leurs enfants après la fermeture de la cantine scolaire. Mais ce n’est sans doute pas être de gauche.
-la bataille que Nice au Cœur, aidé par d’autres, a mené pour contraindre le maire à rouvrir le dossier de l’extension de la ligne 1 du tram à l’Ariane et à La Trinité. Un combat mené pour atteindre plusieurs milliers de signature et où ton association brilla par son absence de mobilisation sur le terrain, ce qui ne t’a pas empêché à chaque fois qu’il y avait une réunion publique de venir y prendre la parole sans aucun scrupules et avec ma bienveillante complicité, trop bienveillante. Nous avons mené ce combat parce qu’il symbolisait la lutte contre la ségrégation territoriale et l’injustice. C’est cela être de gauche.
-enfin nous avons obtenus, en pleine crise du Covid, le gel des procédures contentieuses relatives aux logements sociaux de Côte d’Azur habitat. Ainsi que le gel des procédures expulsions , sans doute jusqu’au 31 mars 2021. Savoir que l’on a pu ôter le stress de ces familles pendant quelques mois au moins, cela me rend heureux d’avoir mené cette démarche.

Voilà, je préfère la gauche des solutions à celle des postures, la gauche du concret. C’est cela ma gauche, et j’en suis fier !

Bien sur, il y a les migrants, et je salue le travail que toi même, les bénévoles de ton association accomplissent au quotidien. Je le salue parce que j’y adhère.

Patrick Allemand

François Hollande n’ est jamais parti !

 

 

Si la voix de François Hollande est très présente depuis quelques mois c’est simplement pour indiquer qu’il n’ est jamais parti, qu’on ne se met pas en retrait de la France et que la politique, il aime ça, il vit pour ça.

Il aura au moins un mérite, celui de ne jamais avoir caché ses intentions : continuer à peser dans le débat public.

Fini les je me retire de la vie politique qui ne sont que des faux départs. Rappelez vous Lionel Jospin retiré de la vie politique le 21 avril 2002 mais essayent désespérément par tous les moyens de revenir en 2007 qui à affaiblir Ségolène Royal.
Rappelez vous Nicolas Sarkozy retiré de la vie politique mais tentant de se rendre incontournable pour 2017 avant d’être balayé par François Fillon.

Avec Hollande, rien de tout cela. Il n’a jamais dit le 9 décembre 2016 qu’il se retirait de la vie politique. Il tirait simplement le constat qu’il était à ce moment là, empêché d’être candidat à sa succession.

Aujourd’hui il est redevenu une voix qui compte au PS, il est même l’opposant socialiste le plus efficace. Et cela les militants l’ont compris. Partout où il passe pour signer son livre c’ est le même engouement. Cherbourg n’ a pas dérogé à la règle même si la présence de Bernard Cazeneuve à ses côtés ajoutait du sens aux critiques formulées sur l’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron.

Le défi de François Hollande n’ est pas mince. Il s’agit après avoir renoué avec les militants de renouer avec son électorat. Aujourd’hui seulement 17% souhaitent le voir jouer un rôle majeur dans les années à venir. C’ est à la fois peu et beaucoup à la fois, à peine un an après avoir quitté l’Elysée.

Il est clair en tout cas que si Emmanuel Macron n’avait pas commis la faute stratégique d’ouvrir un espace politique entre lui même et Mélenchon, ma parole de François Hollande serait inaudible.

La partie d’échec entre le surdoué et l’experimenté vient de commencer. Et une chose est claire, c’est que François n’a renoncé à rien !

Bpifrance

Bpifrance

Cette fameuse banque publique d’investissement créée par François Hollande et la gauche nourrissait les sarcasmes. Pourtant ceux qui s’intéressent à l’économie ont tout de suite vu quel levier cela pouvait être. Ce n’est pas un hasard si j’avais demandé à ce qu’elle soit partenaire de la Région au sein de l’Agence Régionale de l’Innovation et de l’Internationalisation (ARII).

L’année 2017 a été une année de forte activité pour elle.

En crédit, les cofinancements à l’investissement sont en hausse de 5,8 % et l’activité de garantie des prêts accordés par des banques françaises est en hausse de 6 %. Elle permet de cibler à 90 % des TPE (principalement lors de leur création ou de leur transmission).

L’activité de fonds propres a été particulièrement soutenue avec une progression exceptionnelle de 70 % pour un montant total mobilisé de 4 Md€.

Le nombre de garanties accordées aux PME est en forte augmentation tant en montants de garanties accordés (18,9 Md€, en croissance de 13 %) que de nouvelles opérations prises en garantie (+36 %), toutes tailles d’entreprises confondues.

Les activités de financement et d’accompagnement à l’export ont poursuivi leur essor, les volumes de Crédit Export atteignant 186 M€ contre 28 M€ en 2016. Par ailleurs 20 Md€ de garanties ont été accordés pour l’export. C’est un véritable décollage.

Enfin, plus de 7 500 entreprises ont bénéficié de missions de conseil, de formations ou de mises en relation d’affaires.

La politique de l’offre, vous connaissez ?

FH

Rappelez vous, c’était aux vœux de 2014, François Hollande annonçait un changement de cap radical pour la politique économique de la France. Mettre en place une politique de l’offre, favorable aux entreprises, pour relancer la croissance par l’investissement. Il venait de rompre avec un vieux dogme socialiste, celui de la politique de la demande qui préconise la relance de la croissance par la hausse du pouvoir d’achat des salariés. Certes, il y a eu des imperfections, qui, fait plus regrettable, n’ont pas été rectifiées et le CICE a été distribué à tort à des entreprises du CAC 40 mais ce n’était pas là le cœur de la cible. Il s’agissait des PME.

Deux ans plus tard, les résultats des paris économiques de François Hollande sont là. Il s’est créé en deux ans plus d’entreprises qu’il en a disparu. Ce solde positif s’est traduit par la création de 165 000 emplois l’an passé. On parle de 95 000 nouveaux emplois prévus pour les deux premiers trimestres de cette année.

De la même manière, selon l’INSEE, le taux de croissance sera de 0,8 % pour le premier semestre 2017, le meilleur résultat depuis 2008. Enfin le taux de chômage atteindra son plus bas niveau des dix dernières années, 9,5 %.

Si l’on rajoute à cela que ce redressement économique s’est produit tout en ramenant le déficit du PIB autour des 3 % réclamés par Bruxelles, alors qu’il était de 5,7 % lorsque François Fillon gouvernait le pays, et que les comptes de la Sécurité Sociale sont à l’équilibre, je trouve que la France a bien été gérée sous la présidence de François Hollande.

Pourquoi l’a t’on empêché de se représenter ? Je ne vois guère qu’un délit de « sale gueule ». Tout cela n’est pas vraiment très rationnel.

Maintenant, il n’est plus temps de se lamenter mais de se tourner vers l’avenir et d’élire un candidat qui soit compatible avec la politique menée par François Hollande car, sur le fond, il me paraîtrait totalement incongru de remettre en cause une politique qui, manifestement, porte ses fruits et commence à faire reculer le chômage.